Par Catherine Bennett
Paris, capitale mondiale de l’art et de la culture, est l’une des villes les plus visitées au monde, et pour les néophytes comme pour les habitué·e·s, il paraît difficile d’échapper à l’afflux touristique. Pourtant, si l’on accepte de s’aventurer dans des quartiers moins fréquentés ou de dénicher de plus petits espaces dédiés à un·e artiste ou à une thématique, le jeu en vaut la chandelle.
Le monde en images d’Albert Kahn et un havre de paix parisien
Rien de moins que le monde entier se trouve au bout de la ligne 10 du métro parisien. C’était du moins le rêve d’Albert Kahn : en 1909, ce banquier et philanthrope envoya une équipe d’une dizaine d’opérateurs de prise de vue aux quatre coins du globe pour documenter ce qu’il décrivait comme « les coutumes et les modes d’activité humaine, dont la disparition inexorable n’est qu'une question de temps ». Les 72 000 photographies qui en ont résulté – la plus grande collection d’autochromes au monde – capturent la beauté et la diversité des paysages et des peuples, des villages alsaciens aux temples japonais, des chasseurs mongols aux marchands syriens. Son ancienne demeure à Boulogne abrite aujourd’hui un musée de toute beauté – suffisamment proche de Paris pour y accéder facilement en transports, mais à l’écart des circuits touristiques. Prévoyez suffisamment de temps pour pouvoir ensuite flâner dans le magnifique jardin paysager. Si ce coin plus tranquille de Paris s'avère difficile à quitter, la Maison Arthémis, une maison Airbnb Luxe dans le 16e arrondissement voisin, avec ses murs en terre cuite, ses alcôves voûtées et son olivier qui s'élève à travers la cage d'escalier, incarne le même esprit tranquille du quartier.
La photographie et le passé artistique de Montmartre
Autre incontournable pour les amateur·rice·s de photographie : l’espace indépendant LE BAL, niché au fond d’une impasse derrière la place de Clichy, dans le nord de la ville. LE BAL propose un programme riche en expositions, conférences, projections et ateliers consacrés à la photographie, à la vidéo, au cinéma et aux nouveaux médias, et présente actuellement des œuvres majeures de la collection du Wilson Centre for Photography, avec des figures du 20e siècle telles Daidō Moriyama, Francesca Woodman et Walker Evans. Mais avant d’être un espace d’exposition, LE BAL était un projet communautaire. Son centre pédagogique, la Fabrique du Regard, a travaillé dans plus de 275 quartiers et avec plus de 650 artistes pour initier des milliers de jeunes au pouvoir de l’image contemporaine et à la façon dont ils peuvent documenter leur propre vie.
À quelques minutes à pied en remontant la colline depuis LE BAL, le musée de Montmartre se dresse sous les tourelles en pointe du Sacré-Cœur. Malgré sa proximité avec le passage incontournable de la place du Tertre, le lieu est souvent absent des itinéraires parisiens. Pourtant, c'est ici qu’un pan de l’histoire de l’art s’est écrit : Auguste Renoir, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et Raoul Dufy (entre autres) ont vécu dans cette rue. Une exposition sur le riche passé culturel du quartier et la reconstitution de l’atelier encombré et couvert de verre de Valadon donnent à sentir l’effervescence artistique qui régnait ici au tournant du siècle.
Depuis le jardin du musée, les visiteur·euse·s peuvent apercevoir le vignoble de Montmartre qui dévale la pente vers l’iconique cabaret Au Lapin Agile, dont des artistes et écrivain·e·s tel·le·s Pablo Picasso, Amedeo Modigliani et Guillaume Apollinaire étaient des habitué·e·s. Le lieu a continué d’attirer une foule bohème bien après eux·elles. Projetez-vous 50 ans plus tard, et vous auriez pu y écouter le légendaire chanteur Serge Gainsbourg jouer du piano avant qu’il ne décroche un poste régulier au cabaret Milord l’Arsouille, dans le premier arrondissement. Mais le terrain de prédilection de Gainsbourg, c’était la rive gauche, et parmi ceux·celles qu’il ramenait dans son hôtel particulier de la rue de Verneuil figuraient des ami·e·s, des amantes et des policiers dont il gardait les badges en souvenir.
De la maison de Gainsbourg à un séjour dans l’atelier de Lagerfeld
Ces badges sont toujours visibles à son domicile, au 5 bis de cette rue, ouvert au public en 2023. On a l’impression que Gainsbourg pourrait arriver d’un moment à l’autre – la maison a été conservée telle quelle depuis sa mort en 1991, sa fille Charlotte n’ayant pu se résoudre à déplacer quoi que ce soit. Les paquets de Gitanes sans filtre, le piano à queue Steinway, un buste de Jane Birkin et des bouteilles de vin vides sont exactement là où il les a laissés. Un enregistrement audio intime et murmuré de Charlotte, disponible en français ou en anglais, guide les visiteur·euse·s à travers les pièces tamisées. De l’autre côté de la rue, un musée, une librairie et un café-piano bar baptisé Le Gainsbarre – du nom de l’alter ego ivre et chaotique de l’artiste – prolongent le mythe. Visiter la demeure d'un artiste est une expérience intime, mais y séjourner va plus loin encore : l'ancien atelier de Karl Lagerfeld, disponible à la location sur Airbnb Luxe, est une occasion de s'immerger dans l'espace de l'artiste. Ses étagères sculpturales sur mesure et son lit enchâssé d'acier portent la géométrie précise et sans concession de quelqu'un pour qui rien, dans une pièce, ne pouvait être laissé au hasard.
L’atelier de Giacometti, et un séjour dans un hôtel particulier rempli d’art
Les maisons-musées offrent le sentiment d’approcher un·e artiste célèbre, à travers un aperçu parfois rassurant du désordre quotidien dans lequel il·elle vivait et travaillait. Rien de plus intime que le célèbre petit atelier du sculpteur Alberto Giacometti, situé dans l’autre grand foyer artistique historique de Paris : Montparnasse. Il a été fidèlement reconstitué à l’Institut Giacometti, au sein d’une belle demeure Art déco, à quelques pas de l’endroit où il travaillait réellement – grâce au zèle de sa veuve Annette, qui avait conservé la pièce totalement intacte, des gribouillis sur les murs à sa palette de peinture, en passant par ses mégots dans les cendriers. Une sélection de ses œuvres est présentée dans des expositions temporaires à côté de l’atelier reconstitué. Dans le Quartier latin tout proche, un appartement français typique, situé dans un hôtel particulier de 1910, offre une tout autre forme d'immersion : une demeure privée avec cheminée en marbre, plafonds de quatre mètres de hauteur et murs ornés de la collection d'art personnelle de son propriétaire.
Art et architecture, de la Rive Gauche au Marais
Toujours sur la rive gauche, l’Institut du monde arabe (IMA) est une autre institution à l’architecture impressionnante – quoique d’une tout autre échelle. Conçu par Jean Nouvel (qui a également dessiné le nouveau site de la Fondation Cartier, dans le centre de Paris) et l’agence Architecturestudio, la façade sud du bâtiment est recouverte de 240 moucharabiehs métalliques qui s’ajustent automatiquement à la luminosité extérieure, en hommage aux claustra décoratifs que l’on trouve dans tout le monde islamique. Cet imposant bâtiment au bord de la Seine célèbre l’art et la culture du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’ailleurs. Les expositions y associent souvent un mélange tonique de musique, d’arts visuels, d’objets et de textiles, et le champ est large : parmi les expositions passées ont figuré les soieries et bijoux ouzbeks, des découvertes archéologiques sauvées des ruines de Gaza, et la culture queer contemporaine dans le monde arabe.
Tout·e amateur·trice d’art contemporain à Paris se doit d’arpenter le Marais, réputé pour les nombreux galeries et musées disséminés dans ses hôtels particuliers. L’un de ses lieux culturels si typiquement chics et pourtant si peu connus se trouve dans l’Hôtel de Marle (16e siècle), entre le musée Carnavalet et le musée Picasso : l’Institut suédois, seule structure culturelle du pays à l’étranger. Un réaccrochage de la collection permanente en 2025 a recentré le propos sur les artistes français·e·s et suédois·e·s du 18e siècle dépeignant les turbulences du siècle des Lumières, mais ce sont les expositions temporaires qui en constituent le véritable attrait. Ce mois-ci, les toiles d’Andreas Eriksson, figure majeure de l’art contemporain suédois, sont présentées en dialogue avec l’artiste et voyageur du tournant du siècle Ivan Aguéli. On y trouve également un paisible jardin et les fameux kanelbullar et smörgås suédois du Café Fika attenant – l’endroit idéal pour les chasseur·euse·s d’art affamé·e·s au terme d’une journée passée à explorer les confins de la culture parisienne.
Trouver un Paris plus tranquille ne s’arrête pas à la fermeture des musées. Airbnb Luxe propose une collection de demeures d’exception dans toute la ville, des grands appartements au cœur de la capitale aux adresses plus discrètes, à l’écart des rues très animées. Chacune est soigneusement sélectionnée, vous offrant un havre privé depuis lequel explorer la ville – et un logement aussi soigné que l’itinéraire lui-même.
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Catherine Bennett est une journaliste basée à Paris, spécialisée dans l’art, le voyage et la culture. Elle a écrit pour The Guardian, The Washington Post, Apollo et la BBC.
Légende de l'image d'en-tête : Musée de Montmartre. Photographie de Jean-Pierre Delagarde.
Publié le 9 octobre 2026.