Les silhouettes de Ludovic de Saint Sernin habitent les podiums depuis près de dix ans : androgynes, sensuelles, résolument libres. À la tête de sa maison de couture depuis 2017, il était invité l'an dernier à diriger la collection haute couture printemps-été 2025 de Jean-Paul Gaultier – une consécration dans une ascension apparemment infinie. Alors que la fashion week de Paris bat son plein, le créateur parisien nous ouvre son moodboard digital. De grands noms tels que Robert Mapplethorpe à Wolfgang Tillmans, ou d'artistes proches du couturier comme Lukas Heerich à Arca, ses inspirations composent un tableau sensoriel et queer, à l'image d'une œuvre qui n'a de cesse de repousser les limites.
Robert Mapplethorpe, Tulip, 1984
« Des photographies de fleurs de Robert Mapplethorpe se dégage une tension extrême, à la fois physique et psychologique, sexuelle et chaste. La tulipe devient un symbole phallique absolu. »
Jean Claracq, œuvre originale pour la collection Ludovic de Saint Sernin printemps-été 2022, Désir
« Jean s’empare du corps masculin et le transpose sur la toile de la même façon que moi dans mes créations. Je perçois une connexion très forte entre nos pratiques dans la manière dont nous explorons, à travers un regard queer, ces corps, le désir, l’intimité et la vulnérabilité. »
Gus Van Sant, Elephant, 2003
« Suspense. Sentiment de menace imminente. Le film parle de la beauté et de la fragilité de la jeunesse. Des éléments familiers – couloirs d’école, corps, gestes, regards – prennent un aspect inquiétant, créant un espace où solitude et violence coexistent. »
Wolfgang Tillmans, Dan, 2008
« Dans le travail de Wolfgang Tillmans, je vois avant tout un immense désir de connexion humaine, une recherche d’intimité avec l’autre et d’appartenance à une communauté. J’aime la façon dont il représente la réalité, sans fard, exactement telle qu’elle est : parfois brute, vulnérable, voire hostile, et pourtant incroyablement belle, vivante et inspirante. Je rêve qu’il me photographie un jour. »
Lukas Heerich
« Lukas, qui est à la fois un ami et un collaborateur, travaille autour des notions de pouvoir, de vulnérabilité, de protection et d’isolement. Il transforme des matériaux industriels en quelque chose de presque charnel, sensuel, et trouve de la beauté dans la tension, l’angoisse, voire le désastre. L’installation que j’ai vue à Berlin émet des sons de catastrophe à différentes fréquences, créant une sensation profondément déstabilisante. »
Dimitris Papaioannou, INK, 2020
« J’ai vu la pièce INK et j’ai été fasciné par la façon dont Dimitris Papaioannou traite le corps humain comme un matériau que l’on peut dissimuler, fragmenter et réassembler, modifiant ainsi sans cesse la perception que l’on a de sa forme. Dans son travail, la beauté ne naît pas de la perfection, mais de la vulnérabilité, de l’effort et d’un processus continu de devenir/transformation. »
Constantin Brâncuși
« Brâncuși rejette l’exactitude anatomique et brouille les frontières entre le masculin, le féminin et le non-genré. En réduisant le corps à sa forme la plus pure et la plus abstraite, il crée une beauté qui existe au-delà du binaire. Cette liberté de ne pas définir le corps par le genre est très proche de ma propre approche du vêtement. »
James Turrell, House of Light, 2000, Tokamachi, Japon
« Je me reconnais dans l’idée de James Turrell selon laquelle la transformation passe par une intervention minimale : parfois, changer la lumière, la transparence ou ce que l’on choisit de révéler et de dissimuler suffit à modifier totalement notre perception d’un objet. »
Arca
« Pour sa série de performances The Light Comes in the Name of the Voice à la Bourse de Commerce, Arca portait une robe en maille noire LDSS créée sur mesure. Arca est une source d’inspiration constante pour moi. Elle est libre de toute idée figée du corps et de l’identité, et se transforme en permanence, sans limites ni contraintes. »
Setouchi Retreat Aonagi, Matsuyama, Japon, architecture de Tadao Ando
« Ce fut l’un des séjours les plus mémorables de ma vie. L’hôtel est une œuvre d’art en soi, réunissant l’architecture de Tadao Ando et une incroyable collection artistique. J’aime la façon dont l’art, l’architecture, la nature et la lumière fusionnent en une seule et unique expérience. »
Noguchi Museum, New York, États-Unis
« Je suis particulièrement sensible à la sensualité des matériaux d’Isamu Noguchi : la pierre peut paraître à la fois brute et délicate, lourde et presque organique. Ce sont des dualités que je recherche dans mon propre travail. »
Tatiana Chalhoub, Coqueiro (noturna), 2026
« J’ai acheté une œuvre de cette merveilleuse artiste en mai dernier, lors d’un séjour à Rio. Parfois, on ressent une connexion inexplicable avec une œuvre d’art. Ce soir-là, en rentrant à l’hôtel et en regardant par la fenêtre, j’ai contemplé un paysage presque identique à celui du tableau. Une étrange coïncidence, qui avait quelque chose d’un cercle qui se referme sur lui-même. »
Légende de l'image d'en-tête : Dimitris Papaioannou, INK, 2020. Théâtre de la Ville, Paris. Photographie de Julian Mommert.