C’est l’un des grands rendez-vous de l’art contemporain de la rentrée. Fondée en 1991, la Biennale de Lyon revient en septembre pour sa 18e édition, offrant une vitrine sur la création internationale dans différents lieux clés de la capitale des Gaules. Cette fois, c’est l’écrivaine et historienne de l’art australienne Catherine Nichols, officiant actuellement au Hamburger Bahnhof à Berlin, qui se voit confier cette ambitieuse programmation. Elle y réunit pas moins de 118 artistes issu·e·s des quatre coins du monde.
Son titre ? « Passer d’un rêve à l’autre », inspiré par les fameuses traboules lyonnaises, passages qui relient discrètement les rues de la vieille ville. « J’ai été fascinée par la manière dont elles positionnent les gens entre différents espaces et différentes époques », explique la commissaire. « Elles donnent une forme physique à la transition. On passe de l’obscurité à la lumière, d’un espace privé à un espace public, parfois sans la moindre idée de là où l’on va déboucher. »
La notion d’échange est au cœur de sa proposition, qui prend comme boussole la pensée de l’artiste Robert Filliou, et plus particulièrement ses « principes d’économie poétique », qu’il théorisera à l’issue d’expérimentations artistiques, dans les années 1960. « Filliou avait compris que la transformation sociale exigeait non seulement de nouveaux idéaux, mais aussi une nouvelle conception de la manière dont la valeur est produite et répartie. »
Catherine Nichols a ainsi organisé la Biennale en trois volets : « L’existentiel, au macLYON, qui s’intéresse aux conditions de la vie et de la mort, à l’héritage et à la dette ; le relationnel, au musée des Tissus et des Arts décoratifs [rouvert pour l’occasion], qui met l'accent sur les formes de lien, de prise en charge et d’échange ; et l’industriel, aux Grandes Locos, qui explore les processus d’extraction, de transformation, de circulation et de flux. »
L’occasion de découvrir une constellation d’artistes encore rarement montré·e·s en France, avec une présence particulièrement marquée des scènes d’Océanie. Focus sur six noms qui marqueront cette édition.
Akwasi Bediako Afrane (né en 1990 à Kumasi, Ghana, où il vit et travaille)
Écrans d’ordinateur, téléviseurs, imprimantes, petits moteurs… En véritable archéologue de notre époque, Akwasi Bediako Afrane dissèque les objets électroniques qui peuplent notre quotidien pour en réassembler les fragments dans des installations interactives. Poursuivant à Lyon son ambition de reconnecter l’humain et la machine, l’artiste ghanéen présente Dance of Dialogue aux Grandes Locos. Cette œuvre inédite a été réalisée au cours d’ateliers avec le personnel et les patient·e·s du pavillon Jean Dechaume du Centre hospitalier Saint Jean de Dieu, à Lyon, connu pour son service de pédopsychiatrie, et des habitant·e·s de la ville voisine d’Écully.
Hana Miletić (née en 1982 à Zagreb, vit et travaille entre Bruxelles, Belgique, et Zagreb, Croatie)
Photographe de formation, Hana Miletić traduit, dans ses œuvres textiles, les motifs et fragments capturés dans les villes qu’elle arpente. Inspirée par son arrière-grand-mère, membre active d’une communauté de tisseuses en ex-Yougoslavie, l’artiste croate anime également des ateliers de feutrage à Bruxelles avec des personnes en conditions précaires – une pratique qui trouve tout à fait sa place au sein du musée des Tissus et des Arts décoratifs. À cette occasion, l’artiste a réuni deux groupes issus des territoires environnants, Saint-Pierreville, en Ardèche, et le quartier lyonnais de Vaise, et réalisé avec eux une tapisserie grand format où se rencontrent les savoir-faire de la laine et de la soie.
Serwah Attafuah (née en 1998 à Sydney, vit et travaille sur les terres Dharug, à Sydney, Australie)
Passionnée de peinture, Serwah Attafuah a pourtant choisi de déployer son univers dans le monde numérique, offrant texture, mouvement et sons aux paysages oniriques qui peuplent son imaginaire. Les fascinantes utopies teintées d’afrofuturisme de la jeune Australienne puisent aussi bien dans des mythes ancestraux que des chefs-d’œuvre de la peinture occidentale classique, l’histoire coloniale d’Afrique de l’Ouest ou des récits de science-fiction. En atteste Between this World & the Next (2023-2024), large fresque numérique que l’artiste présente aux Grandes Locos. On y suit plusieurs avatars féminins dans des contrées désertes, dont l’odyssée s’étend hors champ, à travers une bande sonore et un cadre sculptural conçu pour l’occasion.
Luke Willis Thompson (né en 1988 à Auckland, Nouvelle-Zélande, vit et travaille à Londres, Royaume-Uni)
Originaire des Fidji et de Nouvelle-Zélande, Luke Willis Thompson aborde dans son œuvre les stigmates de la colonisation, le racisme, les inégalités de classe ou encore les mécanismes de domination politique et médiatique. Outre ses performances et ses sculptures, ses films rendent visibles ces éléments du point de vue des populations autochtones. En 2025, l’artiste entame une trilogie vidéo dessinant une Océanie nouvelle, qui rend le pouvoir à ses habitant·e·s d’origine. Dévoilé au macLYON, son troisième et dernier opus, Te Moana-nui-a-Kiwa – « océan Pacifique » en langue maorie –, nous emmène dans la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui, auprès des Kanaks indépendantistes.
Angela Goh (née en 1986 à Canberra, vit et travaille à Sydney, Australie)
Danseuse et chorégraphe, Angela Goh est particulièrement familière des galeries, musées et autres espaces d’exposition, théâtres de ses performances épurées. La présence et l’absence, l’incarnation de soi dans le corps sont quelques-unes des thématiques qu’elle explore à travers des orchestrations subtiles de la mobilité et de l’inertie. Au musée des Tissus, l’Australienne présente Total, une pièce née en 2024 mêlant performance live et installation vidéo sur plusieurs écrans déployés dans l’institution. Au fil de cette démultiplication du corps, l’artiste montre comment « parler » à la troisième personne sans jamais utiliser de mots.
Minh Lan Tran (née en 1997 à Hong Kong, vit et travaille à Paris, France)
Au commencement de la peinture de Minh Lan Tran, il y a d’une part les mots et leur écriture, de l’autre la sensation et les couleurs. Sur la toile, l’artiste franco-vietnamienne superpose les couches et les techniques – fusain, pigments minéraux, encres colorées, tempera à l’œuf – pour composer des paysages proches de l’abstraction, dont toute la tension réside dans les jeux de vides et de pleins, de texture et de saturation, de présence et d’absence. En attestent les trois toiles inédites que présente l’artiste au macLYON, où la rencontre du lin, du latex et du verre compose un ballet visuel oscillant entre opacité et transparence.
La 18e Biennale de Lyon se déroule du 19 septembre au 13 décembre 2026.
Akwasi Bediako Afrane est représenté par Apalazzo Gallery (Brescia).
Hana Miletić est représentée par Gallery Tschudi (Zürich, Zuoz, Glarus) et LambdaLambdaLambda (Pristina).
Luke Willis Thompson est représenté par Coastal Signs (Auckland) et Galerie Nagel Draxler (Berlin, Cologne).
Angela Goh est représentée par Fine Arts, Sydney (Sydney).
Minh Lan Tran est représentée par Balice Hertling (Paris), Jan Kaps (Cologne) et Gallery Common (Tokyo).
Matthieu Jacquet est un journaliste qui vit et travaille à Paris.
Légende de l'image d'en-tête : Jardin du Musée des Beaux-Arts de Lyon. Photographie de Blandine Soulage.