Secteur principal d’Art Basel Paris, Galeries réunit 206 exposants issus de 41 pays et territoires, présentant toute l’étendue de leurs programmes. Des pionnier·ère·s du début du XXe siècle aux figures de l’après-guerre, des maître·sse·s internationalement reconnu·e·s aux voix ultra-contemporaines, les présentations reflètent l’ampleur inégalée de la foire.
Cette année, le secteur propose une grande variété de projets autour du thème élargi de l’avant-garde, soulignant le rôle durable de Paris comme laboratoire d’expérimentation et d’échanges. Entre redécouvertes historiques et propositions audacieuses, les galeries tracent ensemble une filiation reliant l’histoire culturelle de Paris aux conversations artistiques d’aujourd’hui.
Des avant-gardes historiques au radicalisme de l’après-guerre
Plusieurs galeries parisiennes et internationales mettent en lumière des artistes dont les expérimentations radicales ont marqué la première moitié du XXe siècle, lorsque Paris était l’épicentre incontesté de l’avant-garde.
- Galerie Le Minotaure (Paris) présente le Dimensionisme, mouvement d’avant-garde inspiré par les théories de l’espace-temps d’Einstein et formulé dans le manifeste de Charles Sirató en 1936. La présentation réunit de rares aquarelles de Fernand Léger datant de la fin des années 1910 ainsi que des photogrammes, collages et compositions en plexiglas de László Moholy-Nagy. Présentées ensemble à Paris, ces œuvres incarnent l’esprit expérimental de l’entre-deux-guerres et montrent comment le Dimensionisme anticipait les approches transdisciplinaires devenues centrales dans l’art contemporain.
- Galerie 1900–2000 (Paris) expose des œuvres rares de grandes figures du Dada et du Surréalisme aux côtés de voix emblématiques de l’avant-garde de l’entre-deux-guerres – des artistes qui ne se sont jamais rencontrés mais ont été profondément marqué·e·s par leur passage à Paris. Au cœur de cette présentation, une étude préparatoire pour les 9 moules malic (1913–14) de Marcel Duchamp, créée lors de ses années de formation à Paris, est mise en dialogue avec la Kubistische Komposition I (1923) de Hannah Höch, exemple précoce de son approche radicale de la forme, et une lettre illustrée de Victor Brauner de 1934. Le stand présente également des compositions textiles et brodées du début des années 1960 de Mimi Parent et une huile sur toile des années 1970 de Félix Labisse, soulignant l’engagement de la galerie à montrer la vitalité durable du Surréalisme.
Déployé sur les balcons de la Nef du Grand Palais, Emergence consiste en 16 présentations solo consacrées à certain·e·s des artistes les plus prometteur·se·s d’aujourd’hui. Avec huit galeries rejoignant Art Basel Paris pour la première fois, le secteur reflète le rôle durable de la ville comme lieu de découverte de nouvelles voix et de formation d’idées avant-gardistes, en complément du programme plus large de la foire. Parmi les temps forts de cette année :
- Gauli Zitter (Bruxelles) présentera dissociation variations, un projet monographique de l’artiste parisien Ethan Assouline. Ses compositions sculpturales réalisées à partir d’objets trouvés – parfois peints ou accompagnés de ses poèmes – gravitent autour du motif de l’horloge, un dispositif qui structure la vie urbaine tout en évoquant les récits politiques inscrits dans le paysage de la ville.
- Bank (Shanghai, New York) présente une installation immersive de Duyi Han. Constituée d’une série de « prescriptions neuroesthétiques », l’œuvre vise à transformer des espaces et des objets en manifestations d’états mentaux, mêlant références folkloriques et religieuses aux pratiques contemporaines de santé mentale.
- Blindspot Gallery (Hong Kong) fait ses débuts à Art Basel Paris 2025 avec une exposition monographique de nouvelles œuvres en papier découpé de Xiyadie, artiste autodidacte qui transforme l’artisanat folklorique chinois en un médium radical d’expression queer.
- Cibrián (San Sebastian), l’un des nouveaux exposants du secteur, présente New Energy, une installation filmique accompagnée de dessins conceptuels dans des cadres personnalisés de Siyi Li, centrée sur deux femmes dont les rôles et relations évoluent au fil d’un trajet en voiture à travers Shanghai.
- Exo Exo (Paris) propose Bébé Boum, une installation de l’artiste parisien·ne Ash Love. Des ballons imprimés d’images issues d’archives personnelles et d’iconographie collective flottent aux côtés de peintures semblables à des cartes de vœux, où la répétition de « Happy Birthday » souligne l’érosion du sens dans des rituels standardisés.
Consacré à des présentations thématiques et curatoriales pouvant inclure des œuvres antérieures à 1900, le secteur Premise revient pour sa deuxième édition avec neuf stands et huit primo-participants. Ensemble, ces expositions mettent en avant des récits singuliers qui résonnent avec l’héritage de Paris comme carrefour historique de la radicalité.
- Kadel Wilborn (Düsseldorf) propose un dialogue entre Lucia Moholy (1894–1989), photographe du Bauhaus dont les abstractions lumineuses ont marqué le design moderne, et Liz Deschenes (née en 1966), voix majeure de la photographie post-conceptuelle. Leurs œuvres couvrent un siècle d’expérimentations, montrant la photographie comme un médium qui transcende la documentation pour devenir matériel, spatial et immersif.
- Martine Aboucaya (Paris) présente une rare sélection d’œuvres immatérielles de Robert Barry (né en 1936), datant de 1969. Explorant télépathie, magnétisme et phénomènes intangibles, ces jalons conceptuels déplacent la perception du voir vers le sentir, affirmant le rôle pionnier de Barry dans l’élargissement même de la définition de l’art.
- Pavec (Paris) met en lumière Marie Bracquemond (1840–1916), longtemps négligée dans l’histoire de l’impressionnisme et désormais reconnue comme l’une de ses grandes pionnières. Ses natures mortes, portraits et paysages des années 1870–1890 révèlent un regard délicat et intime qui transforme le quotidien en poésie visuelle.
- The Gallery of Everything (Londres) revient avec une relecture des peintures visionnaires de l’artiste haïtien et prêtre vaudou Hector Hyppolite (1894–1948). Célébré par André Breton et présenté dans Le Surréalisme en 1947, Hyppolite fusionne rituel, histoire et spiritualité, affirmant sa place singulière dans l’art moderne.
nouveaux venus dans le secteur principal
Fabienne Verdier – « Mute »
Commissaire : Matthieu Poirier
Présenté par Galerie Lelong (Paris, New York) et Waddington Custot (Londres, Dubaï, Paris)
À la Cité de l’architecture et du patrimoine, Fabienne Verdier présente « Mute », une exposition de 40 peintures abstraites de grand format. Le titre résonne en anglais avec silence et en français avec l’impératif muter – soulignant l’exploration par l’artiste de l’immobilité, de la transformation et du flux. Issues d’une pratique gestuelle rigoureuse, les œuvres sont installées dans une scénographie labyrinthique qui dialogue avec les volumes du musée et ses collections médiévales.
Verdier (née en 1962, Paris) est reconnue pour sa fusion entre l’abstraction occidentale et des techniques inspirées de la calligraphie chinoise, développées au cours d’une décennie d’étude en Chine dans les années 1980. Sa pratique allie ascèse gestuelle et forces naturelles, créant des peintures suspendues entre maîtrise et hasard.
« Chromoscope »
Exposition collective, commissaire : Matthieu Poirier
Avec le soutien de Yares Art (New York, Beverly Hills, Santa Fe)
Toujours à la Cité, l’exposition « Chromoscope » examine les mouvements du Color Field et de l’Abstraction post-picturale entre 1955 et 1992. Installée dans la Galerie des peintures murales, au milieu des chapelles et fresques médiévales, elle réunit 23 peintures de grand format issues de successions d’artistes et de collections privées. Des œuvres de Thomas Downing, Sam Francis, Helen Frankenthaler, Adolph Gottlieb, Morris Louis, Robert Motherwell, Kenneth Noland, Jules Olitski, Larry Poons et Frank Stella révèlent la fluidité du pigment, la circulation du regard et la transparence vibratoire qui définissent le mouvement.
Née aux États-Unis dans les années 1950 en réaction à l’expressionnisme abstrait, la peinture Color Field délaisse la gestualité du pinceau pour de vastes champs lumineux de couleur destinés à submerger les sens du spectateur. En revisitant cet héritage dans le cadre des chapelles médiévales de la Cité, « Chromoscope » souligne comment l’abstraction a transformé l’expérience de la peinture à l’ère moderne.
Ces projets constituent les premiers du Programme Public réalisés par Art Basel Paris en collaboration avec la Cité de l’architecture et du patrimoine. Les expositions seront visibles du 22 octobre 2025 au 16 février 2026.
L’édition 2025 propose également une série de stands monographiques, offrant des rencontres immersives avec la pratique d’un·e seul·e artiste. Parmi les temps forts :
- Commonwealth and Council (Los Angeles) consacre son stand à Gala Porras-Kim. À travers dessins et installations, l’artiste questionne la manière dont les objets sont collectés, classés et exposés, soulevant des enjeux de taxonomie, d’interprétation et d’éthique. Présenté à Paris, ce projet entre en résonance avec les musées de renommée mondiale de la ville et leur rôle dans la construction des récits culturels, ainsi qu’avec les débats actuels sur la restitution, tout en soulignant la place de Porras-Kim comme voix majeure de l’avant-garde contemporaine.
- Carlos/Ishikawa (Londres) présente un stand monographique consacré à de nouvelles œuvres d’Evelyn Taocheng Wang. Formée à la peinture classique chinoise, Wang s’appuie sur diverses histoires de l’art et références littéraires pour explorer les questions d’authenticité, d’identité et d’appartenance. En mêlant récit personnel, dialogues Est–Ouest et fragments autobiographiques, elle interroge les conventions de l’identité et réfléchit à la manière dont le soi se performe dans la vie quotidienne.
- Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris) met en avant Binta Diaw avec une nouvelle installation et des photographies issues de sa série Paysage corporel. Ancrée dans son identité diasporique et nourrie par une pensée intersectionnelle et écoféministe, la pratique de Diaw entremêle matérialité, contexte et expérience sensorielle pour questionner les récits historiques dominants en utilisant des éléments naturels comme la terre, les plantes, l’eau et les cheveux.
- Emalin (Londres) met en lumière un projet de l’artiste et musicien américain Jasper Marsalis, conçu spécialement pour la foire. Alliant vidéo interactive, technologies de capteurs de mouvement, sculpture et peinture, Marsalis explore la politique de la performance, la visibilité et les dynamiques du regard dans l’économie contemporaine de l’attention.
- The Modern Institute (Glasgow) propose la première présentation monographique en Europe continentale de la peintre coréenne Kim Bohie. Entre œuvres nouvelles et historiques, le stand met en avant ses paysages lumineux inspirés par l’île de Jeju, où elle vit et travaille depuis le début des années 2000.
Conversations
« 30 Blizzards. » présenté par Miu Miu
Un projet de Helen Marten
Dans le cadre du Programme public 2025, Miu Miu présente 30 Blizzards. de l’artiste britannique Helen Marten au Palais d’Iéna. Connue pour sa pratique transdisciplinaire, Marten met en scène ici sa première grande œuvre performative, réalisée en collaboration avec le metteur en scène Fabio Cherstich et la compositrice Beatrice Dillon.
Le projet réunit cinq grandes sculptures et cinq nouvelles vidéos, associées à des monologues en direct interprétés par une troupe de trente performeur·euse·s. Chacun·e est lié·e à un objet symbolique et traverse l’espace par le chant et la parole, tissant les thèmes de l’enfance, de la sexualité, de la parentalité, de l’intériorité et de la perte dans un récit polyphonique. Le titre fait à la fois référence à ces trente personnages et à l’idée de « blizzards » comme métaphore de la turbulence des émotions humaines.
Installée dans l’architecture solennelle du Palais d’Iéna, l’œuvre combine plateformes sculpturales, scène centrale et rail circulaire transportant des contenants avec les outils utilisés dans la performance. Le résultat est un environnement en perpétuel déploiement, où sculpture, vidéo, son et mouvement se rencontrent. 30 Blizzards. sera accessible au public du 22 au 26 octobre 2025, précédé de visites guidées et de deux conversations curatoriales le 22 octobre.
Miu Miu est Partenaire Officiel du Programme Public d’Art Basel Paris 2025. Le projet est réalisé en collaboration avec le Palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Les piliers parisiens
Alex Da Corte, Kermit the Frog, Even, 2018
Présenté par Sadie Coles HQ (Londres)
Sur la place Vendôme, Alex Da Corte présente une sculpture gonflable inspirée de l’effondrement d’un ballon de Kermit lors de la parade new-yorkaise de Thanksgiving en 1991. À moitié dégonflée mais toujours en suspension, la figure flotte dans un état de vulnérabilité suspendue. Son corps affaissé transforme une icône de l’enfance joyeuse en monument de vulnérabilité et de désillusion.
En isolant et en monumentalisant cet accident fugace, Da Corte fait d’un symbole d’optimisme et de jeunesse une image d’épuisement et de fragilité. L’œuvre prolonge son exploration de la culture pop américaine comme espace de fantasme collectif mais aussi d’inquiétude latente – où dessins animés, icônes de consommation et idéaux suburbains révèlent leurs fissures.
C’est le quatrième projet du Programme Public d’Art Basel Paris réalisé en collaboration avec la Ville de Paris sur la place Vendôme. L’œuvre sera visible du 20 au 26 octobre 2025. Une performance aura également lieu le 20 octobre à 16 heures.
Harry Nuriev, Objets Trouvés, 2025
Présenté par Galerie Sultana
Pour Art Basel Paris 2025, Harry Nuriev présente Objets Trouvés (2025), une installation participative transformant la chapelle des Petits-Augustins en un espace de circulation et d’échange. Des cartons de supermarché, alignés avec soin, sont remplis d’objets apportés par les visiteur·euse·s. Chaque personne laisse un objet dont elle n’a plus besoin et en prend un autre laissé par quelqu’un·e d’autre. Chaque contribution est certifiée comme œuvre d’art, et à la fin de l’exposition, tous les échanges seront compilés dans un annuaire de type Pages Jaunes, transformant ce processus éphémère en archive permanente.
Harry Nuriev décrit sa pratique comme du Transformisme – la réinvention de matériaux du quotidien pour leur attribuer de nouvelles fonctions et significations. Avec Objets Trouvés, il prolonge cette philosophie dans une dimension collective, où le simple acte d’échange devient interaction sociale autant que création artistique.
C’est le quatrième projet du Programme Public réalisé par Art Basel Paris en collaboration avec les Beaux-Arts de Paris. L’œuvre sera visible du 21 au 26 octobre 2025.
Julius von Bismarck
Présenté par Sies + Höke (Düsseldorf) et The Ranch (Montauk)
Au Petit Palais, Julius von Bismarck présente The Elephant in the Room (2023–2024), une paire de sculptures cinétiques monumentales qui s’effondrent et se réassemblent continuellement. Une girafe naturalisée grandeur nature se tient aux côtés d’une réplique réduite d’une statue équestre d’Otto von Bismarck. Toutes deux semblent stables, mais s’effondrent sans cesse, leurs corps segmentés étant animés par des mécanismes invisibles.
En associant un animal exotisé à un monument du premier chancelier de l’Empire allemand, von Bismarck met en lumière les liens entre exploitation coloniale et pouvoir politique. Leur cycle sans fin d’effondrement et de reconstruction devient une allégorie de la fragilité des monuments et des récits contestés qu’ils incarnent.
En complément, von Bismarck présentera également une série de panneaux en bois de sa série OOOSB (2024–2025), ainsi que la vidéo Grenzen der Intelligenzen (Boundaries of Intelligences, 2024), qui poursuit son exploration de la manière dont la nature peut être recontextualisée, conservée et manipulée.
C’est le deuxième projet du Programme Public réalisé par Art Basel Paris en collaboration avec le Petit Palais et Paris Musées. Les œuvres seront visibles du 21 au 26 octobre 2025.
Ugo Rondinone, the innocent, 2024
Présenté par Galerie Eva Presenhuber (Zurich, Vienne), Gladstone Gallery (New York, Bruxelles, Séoul) et Mennour (Paris)
Sur le parvis de l’Institut de France, Ugo Rondinone présente the innocent (2024), une sculpture monumentale de plus de quatre mètres de haut. Composée de blocs de pierre bleue empilés évoquant têtes, torses et jambes, la figure se dresse avec une simplicité archaïque, tout en se transformant avec la lumière et le climat au fil de la journée.
Rondinone explore depuis longtemps les formes élémentaires comme métaphores de la condition humaine. Avec the innocent, il introduit ce vocabulaire au cœur historique de Paris. L’œuvre se tient à la fois comme sentinelle et témoin – brute mais fragile, intemporelle mais immédiate – reliant la vie contemporaine à une mémoire culturelle profonde et à l’endurance de la forme humaine. Évitant toute modélisation classique, l’œuvre embrasse une clarté primitive, rappelant les totems ou signaux anciens qui guidaient les voyageurs à travers les paysages reculés.
C’est le troisième projet du Programme Public réalisé par Art Basel Paris en collaboration avec la Ville de Paris sur le parvis de l’Institut de France. L’œuvre sera visible du 17 au 28 octobre 2025.
Nate Lowman, After Delacroix (2025)
Présenté par Massimodecarlo en collaboration avec David Zwirner
Au musée national Eugène-Delacroix, Nate Lowman présente After Delacroix (2025), un projet qui réinterprète l’héritage du peintre romantique à travers un prisme contemporain. L’exposition se déploie en constellation d’œuvres – nouvelles toiles, sculpture lumineuses, petits formats – qui filtrent l’influence de Delacroix à travers des échos de Théodore Géricault et Cecily Brown.
Au centre se trouve Delacroix Palette (2025), une peinture qui traite la palette de l’artiste non seulement comme outil, mais comme surface d’accumulation de gestes et de résidus. Autour, Lowman juxtapose des réinterprétations de motifs delacroixiens avec des appropriations de toiles de Cecily Brown, elles-mêmes inspirées de Delacroix et Géricault – créant une chaîne de références stratifiées. Ici, la copie devient invention, révélant comment gestes et atmosphères survivent à travers les siècles.
C’est le quatrième projet du Programme Public réalisé par Art Basel Paris en collaboration avec le musée national Eugène-Delacroix et le musée du Louvre. L’œuvre sera visible du 22 octobre au 2 novembre 2025.